Développer sa spiritualité permet de faire preuve d’esprit critique et peut éviter de s’emballer inutilement

 

Je retiens de l’actualité médiatique de la dernière semaine de janvier 2015 des faits « d’apologie du terrorisme » attribués à des enfants de 8 et 9 ans. Les actes se déroulent respectivement à Nice et Villers-Cotterêts (Aisne). Chaque enfant aurait ou a refusé d’observer la minute de silence dans l’école le jeudi 8 janvier, en hommage aux victimes de Charlie Hebdo et crié « Allah akbar » soit dit ensuite en classe « Il faut tuer les Français. Je suis dans le camp des terroristes. Les musulmans ont bien fait, les journalistes méritaient leur sort. » Suite à un signalement déposé par des personnels de l’école, chaque enfant a été entendu, en présence de son père, par des policiers dans un cas et des gendarmes dans l’autre.

Les faits sont démentis par les parents et l’avocat de l’enfant niçois. Le père de l’enfant de Villers-Cotterêts a porté plainte pour diffamation, tandis que le Procureur de la République a affirmé à l’AFP que « les soupçons pesant sur l’enfant sont, sur le plan de la matérialité des faits, totalement infondés ».

Ces faits mettent en évidence que le risque de « radicalité » concerne chacun de nous. Il consiste à prendre au premier degré, « au pied de la lettre » sans recul et sans esprit critique des paroles, des gestes ou des attitudes. Ils indiquent que certains professionnels scolaires réagissent au lieu d’agir, s’emballent au lieu d’apaiser. Ces faits mettent ici en évidence l’incapacité de raisonner et de penser de ces professionnels lorsqu’ils sont placés dans des situations inattendues et fortement chargées sur le plan émotionnel.

Or les conséquences de cette trop vive et trop grande réactivité peuvent être dramatiques pour les établissements scolaires concernés tant au niveau des enfants, de leurs familles que des personnels. Un climat d’inquiétude, d’insécurité ou de peur peut s’installer car les enfants peuvent craindre, à juste titre dans ces lieux, que ce qu’ils disent ou montrent d’eux (un sourire) peut les mettre en danger ainsi que leurs familles. Ils peuvent ainsi craindre d’être suspectés et dénoncés par les enfants et les adultes. Ils risquent enfin de perdre toute confiance en ces adultes là qui « démarrent au quart de tour » dès qu’un comportement n’est pas conforme à leurs attentes et qui, au lieu de faire parler, réfléchir et faire grandir les enfants à partir de ce qu’ils ont dit ou fait oublient leurs tâches et délèguent la répression aux forces de l’ordre.

Oublient-ils ces professionnels de l’enfance que le gendarme ou le policier doit être appelé à l’aide ou en renfort dans les situations les plus graves de mise en danger réel de la vie d’autrui ?

Leur oubli est à mes yeux d’une plus grande gravité car il concerne leurs représentations mentales et sociales de l’enfant et donc des enfants dont ils ont la charge. Ils oublient que l’enfant est un être en développement qui a tout à apprendre sur le monde dans lequel il vit  car il n’a pas, de manière innée, la capacité de comprendre ce qui se passe autour de lui. Ils oublient que l’enfant est comme une éponge qui absorbe et imite ce qu’il perçoit, sans en saisir le sens ou la portée. Ils oublient enfin leurs rôles qui consistent à accompagner la construction d’une pensée raisonnée qui ne se laisse pas envahir par les seules émotions et d’une pensée responsable qui perçoit, analyse, donne de la valeur et du sens aux situations, aux paroles et aux faits.

Edith TARTAR GODDET