Le genre en question (par Laurence Bouchez)

A la lecture du BO n°3 du 19 juin 2008 « Respecter les autres et notamment appliquer les principes de l’égalité des filles et des garçons » nous pourrions affirmer que l’annonce du contraire aurait été avilissant, choquant, ignominieux….
Alors que ce joue-t-il, 6 ans après la parution de ce texte, lorsque certaines réactions extrêmement violentes se mobilisent contre un programme pédagogique qui favoriserait cette même égalité des filles et des garçons ?
Ce projet pédagogique « L’ABCD de l’égalité » envisage d’étourdir certains préjugés tenaces, en encourageant une réflexion personnelle de l’enfant sur l’étude du genre, et d’ouvrir ainsi toute un champ du possible pour son devenir en tant qu’adulte. Cette perspective de travail interrogerait tous les talents qui se révéleraient chez l’enfant, sans barrière de stéréotypes (par exemple la danse est-elle réservée aux filles, le football aux garçons ?) et cette analyse de fond pourrait probablement appuyer la projection dans des filières de formations écartées et inenvisageables, car intériorisées comme interdites par « son sexe » (l’électrotechnique pour une femme ? le secrétariat pour un homme?).
En outre, l’ABCD de l’égalité mettrait un sens sur des situations liées aujourd’hui à la diversité bien réelle de la composition des familles, favorisant ainsi l’appropriation des nouvelles normes socioculturelles dans le cadre d’une socialisation plurielle et épanouissante pour l’enfant.
Pourtant, le boycottage d’une journée d’école par mois basée sur des calomnies véhiculées par un procédé malheureusement toujours d’actualité, la rumeur, renvoie à un constat navrant : la discréditation de l’école.
Car n’est-ce pas là le problème de fond ? L’école n’est-elle pas malmenée, manipulée par des polémiques qui reviennent régulièrement (refus de la laïcité, refus de l’étude du genre) ? L’école n’est-elle pas instrumentalisée par certains courants politico-religieux qui n’hésiteraient pas à la condamner et aux travers elle, à brutaliser les valeurs républicaines ?
Par conséquent, il est fort regrettable que des projets pédagogiques soient jugés, suspectés, blâmés car ils soutiendraient l’ouverture d’esprit, l’examen critique et la liberté d’expression de ses jeunes élèves.
Tout au plus, peut-on envisager le droit, en tant qu’enseignant, de reprendre l’élève qui injurierait et
blesserait un camarade qui aimerait devenir fleuriste ?